LA LUMIÈRE DE CE MONDE
En collaboration avec KPM Berlin, Mark Braun a conçu PLANETARIUM, une série de photophores d'une beauté pour ainsi dire surnaturelle. Un article intéressant tiré du magazine client de KPM, WEISS n° 4...
C’est inhabituel, voire divinement léger. Mark Braun prend dans sa main cette lanterne réalisée en porcelaine biscuit de la plus haute qualité et passe son doigt sur sa surface veloutée. Tout autour s’étend une ligne dorée sur laquelle repose un point. Ce décor appliqué à la main symbolise l’orbite des corps célestes, avec au centre la lumière, le soleil. Huit planètes gravitent autour d’elle, avec en tête la Terre, ce fameux point. Au fond de la lanterne, la référence « 365 T » est inscrite à la main : c’est le nombre de jours dont la Terre a besoin pour effectuer une révolution complète autour du Soleil.
Mark Braun a conçu cette lanterne, ou plus précisément la série de lanternes PLANETARIUM, pour KPM. Celle-ci comprend désormais non seulement notre planète, mais aussi Jupiter et Mars, pour lesquelles la taille des points et le nombre de jours de révolution varient. Mercure, Vénus, Saturne, Uranus et Neptune suivront.
« Ce mouvement circulaire est une métaphore qui m’a beaucoup plu », explique le designer lors d’une visite dans son studio à Berlin-Alt-Treptow. « Au centre, il y a la lumière, il y a la marque ; tout tourne autour de la manufacture de ses cycles de production. »
Cet homme d’une quarantaine d’années, vêtu de manière décontractée, ajuste sa casquette. Lorsqu’on aborde ses créations avec ce designer de produits primé, il met toujours l’accent sur l’aspect économique. C’est peut-être là que réside le secret de son succès. « Je considère que ma mission est de faire rayonner le potentiel d’une entreprise à l’extérieur grâce à mes produits », explique-t-il. Il ne suffit pas d’être simplement un bon créateur ; il faut également disposer de connaissances entrepreneuriales et intellectuelles. Il ne suffit pas non plus d’apporter uniquement son savoir-faire et son talent, il faut aussi avoir de bons partenaires. Braun s’efforce de prendre en compte la faisabilité et les contraintes de production de ses clients. La collaboration avec KPM est un « mariage parfait » – et la série de photophores un « ambassadeur de marque idéal » pour la manufacture.
Car c’est ici que la haute qualité et la précision dans le travail de la porcelaine rencontrent le design contemporain. « La KPM est synonyme de grand savoir-faire et d’histoire. C’est une entreprise qui s’est montrée très avant-gardiste par le passé : notamment à l’époque du Bauhaus, avec les créations de Trude Petri ou de Marguerite Friedlaender », explique Braun. « C’est sur cette lignée que j’ai voulu m’inscrire. » Dans le cas de la lanterne PLANETARIUM, la forme suit la fonction : elle diffuse dans l’obscurité une lumière agréable, vive et à l’abri du vent. De jour, en revanche, c’est tout simplement un bel objet design.
Mark Braun s'y connaît en porcelaine. Au cours de ses études de design industriel à l'École supérieure des beaux-arts de Burg Giebichenstein, il a beaucoup expérimenté avec ce « matériau capricieux ». « La porcelaine plus X » était le thème de son mémoire de fin d’études. Il y a abordé la contextualisation de ce matériau dans le domaine de la salle de bains et de l’art de la table. Braun s’emballe lorsqu’il se remémore cette époque : « Dans les ateliers de Halle les conditions idéales pour tester de nouvelles choses. »
KPM Berlin est une entreprise qui s'est déjà montrée très avant-gardiste par le passé.
C'est d'ailleurs avec des créations en porcelaine qu'il a fait ses débuts professionnels : il a conçu une vaisselle pour le fabricant ASA Selection, son premier grand succès commercial après ses études. Certes, il a délibérément choisi de ne pas associer son nom à ce service destiné au grand public, mais cette commande lui a donné la marge de manœuvre financière nécessaire pour se consacrer ensuite à ses propres produits. En 2006, il s’est mis à son compte en créant son propre studio de design et s’est installé dans une maison-atelier à Alt-Treptow, où d’autres artistes et musiciens avaient déjà élu domicile. Une atmosphère inspirante pour le jeune entrepreneur, qui y a aménagé un bureau et un atelier. Aujourd’hui, de nouveaux immeubles d’habitation ont vu le jour autour de ce bâtiment ancien, qui abritait à l’époque de la RDA l’atelier de fabrication de disques du label musical Amiga, de sorte que son bureau et son atelier sont désormais nichés dans une cour intérieure. Il y emploie trois collaborateurs et élabore, en équipe, divers produits à partir de tous les matériaux imaginables.
Mark Braun connaît un grand succès et dispose d’un large éventail d’activités. Parmi ses clients figurent aujourd’hui des entreprises de renom telles que Hartô, Conmoto, Lobmeyr, mono, e15, Otto Hutt ou Thonet, pour n’en citer que quelques-unes. Il conçoit des vases, des carafes en verre, des coffrets de rasage, des tréteaux, des couverts, des canapés, des chaises longues de jardin, des luminaires, des bijoux ou encore des montres. Il est particulièrement satisfait du design de la montre « Metro » pour NOMOS Glashütte, un best-seller depuis des années, désormais disponible en 13 versions. Aussi variés que soient ses produits, toutes ses créations portent sa signature. Elles sont bien pensées, minimalistes et agréablement discrètes. Bon nombre de ses créations ont été récompensées par des prix prestigieux tels que l’iF Design Award, le Red Dot Award ou le German Design Award. Mais le succès n’est pas monté à la tête de cet homme de 45 ans : il reste modeste, serein et sans prétention.
Il doit son sens esthétique à sa famille. Son grand-père était architecte, sa grand-mère artiste. Ils possédaient une maison de vacances en Suède : ils accordaient une grande importance à son aménagement raffiné. Le jeune Mark était entouré de classiques du design, dont de nombreuses pièces scandinaves, et a appris très tôt à apprécier les produits de qualité. Ce sens du design, ce père de deux enfants tente aujourd’hui de le transmettre à ses deux enfants. « C’est une expérience importante pour les enfants d’entrer en contact avec des produits de grande qualité », estime Braun. Il arrive qu’il mette un beau verre dans les mains de sa petite fille, même si cela risque de se casser. Il vit à Kreuzberg avec sa femme, la graphiste Anna Sartorius, et leurs enfants. C’est ici que ce Berlinois d’adoption s’est installé. La ville ne cesse de l’inspirer, car Berlin est en pleine mutation. KPM Berlin est également un pan de Berlin qu’il apprécie particulièrement. La manufacture lui manufacture toujours ouvert grand ses portes par le passé – des conditions idéales pour une collaboration fructueuse.
Texte : Heike Gläser