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Entretien avec Rona Kobel – Porcelaine, politique et poésie : une alliance artistique
30 avril 20264 min de lecture

Entretien avec Rona Kobel – Porcelaine, politique et poésie : une alliance artistique

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Porcelaine, politique et poésie dans une alliance artistique : KPM+ Rona Kobel réinterprète une icône du Bauhaus et démontre que la beauté des formes peut aussi devenir un manifeste d'une perfection absolue.

Vases « Freedoom » aux couleurs acidulées

Rona Kobel est une artiste plasticienne qui vit et travaille à Berlin. Elle enseigne à l'Université des Arts.

Rona, comment t'es-tu rapprochée de l'KPM Berlin ?

J'étais étudiante en master à l'Université des Arts et j'ai commencé à travailler la porcelaine au cours de ma dernière année d'études. Le problème, c'est que l'UdK ne dispose pas de ses propres fours à porcelaine ; j'ai donc eu l'idée de demander simplement à nos voisins, car la KPM se trouve tout près. C'était il y a près de dix ans.

Tu veux dire que tu as simplement transporté tes travaux de l'université à pied ?

Exactement, c'était assez risqué, surtout sur les passages cahoteux. De temps en temps, il arrivait qu'un petit bras ou quelque chose du genre se casse.

Qu'est-ce qui t'attire tant dans la porcelaine ? D'où te vient cet enthousiasme ?

La porcelaine est un matériau noble. Mais le fait d’utiliser un tel matériau pour aborder des thèmes dérangeants suscite une certaine perplexité. Envelopper des moments et des récits effrayants dans quelque chose d’aussi beau, d’aussi précieux, attire l’attention sur des sujets importants. À cela s’ajoute la tridimensionnalité, qui oblige davantage le spectateur à se confronter à l’objet et, par là même, au thème abordé. D’autant plus que nous sommes tous complètement submergés par les médias. La porcelaine nous permet de porter à nouveau notre regard sur ces sujets plus facilement.

Tu as donc découvert le vase HALLE… Pourquoi ce modèle ?

C’est en 2019, à l’occasion du centenaire du Bauhaus, que j’ai découvert ce vase et sa créatrice, Marguerite Friedlaender. D’une part, parce que sa forme est magnifique et intemporelle, et d’autre part, parce que son histoire est incroyablement intéressante. Friedlaender a dû émigrer aux États-Unis alors que le nazisme commençait à prendre de l’ampleur, et son nom a été supprimé des fiches de production du vase ; le produit a donc été commercialisé sans nom dans un premier temps, et sa créatrice a été effacée de l’histoire. J’ai ensuite épluché de vieilles lettres et documents d’archives, à la recherche de sa signature accompagnée de son nom complet, ce qui s’est avéré très difficile ; je l’ai finalement trouvée dans les archives du château de Giebichenstein à Halle .

Vase HALLE 1
980,00€
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980,00€
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Pour la collection « Lüsterfarben », Kobel peint chaque goutte à la main, de sorte que chaque objet présente un dégradé différent et est une pièce unique.

Sous le régime nazi, la signature de la créatrice de vases Marguerite Friedlaender a été effacée des fiches de production. L'artiste Rona Kobel a ajouté des points sous la signature, un ancien signe de correction, afin de rétablir la validité de ce qui avait été barré.

Tu as désormais plongé les vases HALLE dans des couleurs vives et fait surgir des reliefs de mots sur leur corps. Comment s’est déroulé le processus de création ?

L'idée du relief m'est venue en premier lieu ; j'ai ensuite emprunté des modèles de vases à l'studio et j'ai fait plusieurs essais. Une fois les ébauches suffisamment abouties, je me suis lancée dans la peinture et j'ai beaucoup expérimenté. Les petits vases « Freedoom », avec leurs couleurs pastel et leur grand nœud, sont plus gais et ludiques, tandis que les plus grands modèles « CouRAGE » sont plus élégants et plus sobres. Le relief projette de jolies ombres, mises en valeur par la glaçure biscuit et la peinture lustrée.

Tu viens de mentionner ces noms : que signifient « Freedoom » et « CouRAGE » ? Que représentent pour toi la liberté et le courage ?

Tout d’abord, il existe bien sûr ici aussi un lien direct avec Marguerite Friedlaender, car le nazisme a mis un terme brutal à sa liberté et à celle du Bauhaus. Aujourd’hui, nous vivons dans une société libre et démocratique, avec tous les privilèges liés au libre épanouissement de la personnalité, à la liberté d’expression, etc. Malheureusement, nous sommes souvent bien trop peu conscients de la valeur inestimable de ces libertés fondamentales, des combats acharnés qu’il a fallu mener pour les obtenir et de leur rareté à l’échelle mondiale. Malgré tout ce sérieux, l’humour et l’ironie jouent également un rôle important, et j’aime travailler avec ces contrastes. Ainsi, on ne découvre le double « o », le « -doom » dans le lettrage, qu’au deuxième coup d’œil, et les vases colorés sourient malicieusement au spectateur, tout en mettant en garde contre la fragilité de la liberté.

Et CouRAGE...

... symbolise la rage nécessaire au courage de changer. Le mot « RAGE » est écrit en caractères plus épais et en relief plus prononcé afin de mettre particulièrement en valeur la deuxième partie du mot.

Ces vases oscillent entre le design et l'art ; selon toi, qu'est-ce qui réunit ces deux disciplines ?

L'art et le design sont tous deux des disciplines créatives ; ils apportent quelque chose de nouveau au monde et reflètent leur époque respective. Alors que le design obéit à un objectif ou à une utilité précise, l’art est libre – c’est le plus grand, et parfois aussi le plus difficile, privilège de mon métier d’artiste. Lorsque l’art et le design entrent en symbiose, ils peuvent s’ouvrir mutuellement de nouveaux horizons – c’est ainsi que j’ai perçu mon travail avec les magnifiques vases intemporels de Marguerite Friedlaender.

Variante à la génoise devant Rosa

Le vase bleu « Freedoom » aux yeux larmoyants

Variante de génoise « Courage » devant le bleu

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